Lexique

Abhinava Bhâratî

Seul commentaire complet du Nâtya Shâstra, par Abhinavagupta, grande figure du shivaïsme du Cachemire (xe et xIe siècles).

 

abhinaya

Terme sanskrit : abhi, vers, et naya-, fait de conduire (racine ni-, conduire).

“Sa fonction est de communiquer au spectateur le sens inscrit par le poète dans son œuvre. C’est la raison pour laquelle, explique le Nâtya Shâstra, le jeu de l’acteur, conçu comme acheminement de la signification, reçoit le nom d’abhinaya.

Or la racine, précédée de abhi, signifie le fait de conduire le sens [vers les spectateurs], de façon qu’il soit mis en [leur] présence. L’abhinaya est ainsi nommé parce qu’il conduit les significations.” (Nâtya Shâstra, viii, 6, trad. Lyne Bansat-Boudon, p. 155.)

L’abhinaya est quadruple (caturvidha) : “L’acteur peut se comparer à Shiva qui occupe à lui seul la scène du monde et suffit à la faire exister :

Son Geste, c’est l’univers.

Sa Voix, tout ce qui est vocal.

Son Fard, la lune et les étoiles.

Hommage à Shiva, le sâttvique.

Ce mangala shloka de l’Abhinayadarpana suffit à signifier les quatre registres de jeu : le Geste, la Voix, le Fard, l’Émotion, c’est-à-dire, respectivement, l’ângikâbhinaya, le vâcikâbhinaya, l’âhâryâbhinaya et le sâttvikâbhinaya. Du seul pouvoir de son jeu, l’acteur, à son tour, fait advenir le monde sur le théâtre des hommes.” (Ibid., p. 145.)

Dans le bharata natyam moderne, le terme abhinaya est employé pour désigner la danse narrative par opposition la danse pure, le nritta, dépourvu de signification.

 

adavu

(viendrait du tamil adaivu, “combinaison”) Unité de base de la danse pure, nritta, qui coordonne des mouvements de toutes les parties du corps (pieds, jambes, bras, mains, buste, tête, yeux). Ces adavu sont classés par groupes, ce sont en principe les mouvements de pieds qui servent de dénominateur commun pour déterminer l’appartenance à un groupe. Le maître de danse fait pratiquer les adavu en trois vitesses en récitant des syllabes rythmiques, shollu, spécifiques à chaque groupe. On distingue presque davantage les différents groupes par les syllabes utilisées que par le nom du groupe. Selon les styles, douze à quinze “familles” d’adavu sont répertoriées. Chaque nattuvanar enrichit la pratique des adavu par son imagination et sa créativité. Il existe donc des différences notables d’un style à l’autre, et pour ainsi dire autant de styles que de maîtres. Le roi marathe Tulaja décrit déjà le système des adavu au xvIIIe siècle dans son ouvrage le Samgitasaramrita. Il y donne les noms des adavu en sanskrit, en tamil et en telugu, ainsi que les syllabes rythmiques qui leur correspondent.

 

akshara kâla

Plus petite mesure de temps dans un cycle rythmique.

 

alarippu

(mot telugu) Pièce de danse pure, qui ouvre traditionnellement le récital de bharata natyam.

 

anupallavi

Deuxième ligne d’une composition musicale, qui suit (anu) le pallavi et qui est plus longue.

 

arai-mandi

Position en “demi-plié” avec les pieds et les genoux ouverts (une largeur de trois doigts entre les talons), principalement utilisée dans le bharata natyam. Cette position est attestée sur d’innombrables sculptures. Équivalent sanskrit : ardha-mandali.

 

arangetram

Premier récital sur scène au cours duquel sont portés pour la première fois les grelots attachés aux chevilles. Un jour auspicieux est choisi et des artistes, des critiques et des connaisseurs sont invités. Le danseur ou la danseuse rend hommage au guru en lui offrant des présents. Équivalent sanskrit : ranga pravesha.

 

arudi

Court tihai qui suit un tirmanam ou un korvai et qui se termine en général à la moitié du cycle rythmique. Est utilisé notamment dans les varnam et les thillana.

 

bhakti

(racine bhaj-, partager) Sentiment dévotionnel, adoration, foi ou culte qui repose sur l’amour.

 

bhâva

(racine bhu-, être, devenir) Dans le contexte dramatique, émotion, manifestation de l’affectivité. Ce que l’artiste projette par le moyen de l’abhinaya est le bhâva. Ce que le spectateur ressent est le rasa qui correspond au bhâva projeté. À la liste des huit bhâva correspond la liste des huit rasa.

 

Bharata

Auteur mythique du Nâtya Shâstra ; désigne l’Inde par exemple dans le terme bharata natyam (qui date de 1933) que l’on peut traduire par “théâtre de l’Inde”.

 

caranam

Troisième partie d’une composition musicale, après le pallavi et l’anupallavi.

 

dâsi attam

Nom tamil qui désigne le sadir, représentation de danse solo donnée par les devadasi dans les temples et les cours.

 

devadâsî

Servante (dâsî) du dieu (deva) ; nom donné aux danseuses attachées au temple. L’autre nom qui désigne leur caste au Tamil Nadu est : isai vellala. Leur statut est définitivement aboli en 1947.

 

jati

Enchaînement d’adavu plus élaboré que le korvai.

 

jâti

Division à l’intérieur du cycle rythmique (les cinq sortes de jati sont : tisra, trois ; caturashra, quatre ; misra, sept ; khanda, cinq ; samkîrna, neuf) .

 

jatisvaram

Une des pièces de danse pure du répertoire du bharata natyam. Les enchaînements, jati, sont chorégraphiés sur les notes de la musique, svara, qui sont chantées.

 

javali

Poème mis en musique ; pièce d’abhinaya du répertoire du bharata natyam, décrivant en général le sentiment amoureux mais de façon légère et sur un tempo enlevé.

 

Kalakshetra

Académie de danse fondée en 1936 à Madras par la danseuse brahmine Rukmini Devi.

 

karana

Mouvements de danse au nombre de 108 décrits dans le chapitre IV du Nâtya Shâstra, et que l’on retrouve sculptés dans la pierre de plusieurs temples du Tamil Nadu. Comme l’adavu, le karana résulte de la combinaison des mouvements des différentes parties du corps. Chaque karana est caractérisé par une position de base, sthânaka, un mouvement des pieds et des jambes, câri, et une position de main à valeur décorative, nrittahasta.

 

kautvam

Verset d’invocation à une divinité, chorégraphié avec des syllabes rythmiques, et prenant place au début du récital de bharata natyam.

 

korvai

“Lien”, enchaînement d’adavu.

 

lâsya

Danse gracieuse et féminine, généralement associée au shringâra rasa et dans laquelle excelle la déesse Parvatî.

 

laya

Distance égale entre deux actions ; tempo : lent (vilambita), moyen (madhya), rapide (druta).

 

matra

Distance égale d’une division du cycle rythmique.

 

nattuvanar

(racine nrit-, danser) Maître de danse, qui est expert dans l’art du nattuvangam, et qui, connaissant parfaitement la composition musicale ainsi que la chorégraphie, a pour rôle de diriger les autres musiciens de l’orchestre.

 

nattuvangam

(racine nrit-, danser) Art de jouer des cymbales et en même temps de chanter ou réciter les syllabes rythmiques, tout en dirigeant l’orchestre du bharata natyam. Le rythme donné par les cymbales correspond exactement au rythme des mouvements de pieds dans la chorégraphie.

 

Nâtya Shâstra

Traité du théâtre ; véritable encyclopédie en 36 chapitres et 6 000 vers, datant du IIe siècle de notre ère, écrit par le sage Bharatamuni. Y sont décrits tous les aspects du théâtre, concernant aussi bien le texte dramatique, que la danse, la musique, et tout ce qui touche à la représentation. Y sont exposés notamment le mythe d’origine du théâtre (ch. I) et le premier énoncé de la théorie du rasa, ou plaisir esthétique (ch. VI).

 

nritta

(racine nrit-, danser) Danse “pure” ou “abstraite”, ne véhiculant aucune signification ou histoire. Est constitué d’enchaînements d’adavu, de poses, de séquences rythmiques. Exemples de pièces de nritta : l’alarippu, le jatisvaram, le thillana.

“En vérité, la danse n’a pas pour objet de communiquer le moindre sens ; mais c’est parce qu’elle est destinée à faire naître la beauté (shobhâ) que la danse a été mise en œuvre.” (Nâtya Shâstra, IV, 263b-264a, trad. Lyne Bansat-Boubon, p. 188.)

“[Shiva] avait pris la forme resplendissante où, de son corps empli jusqu’à ras bord de félicité parfaite, s’épanchait le flot d’une sérénité toute intérieure. Ainsi dansait-il, affranchi de toute contrainte, occupé du seul bonheur de danser.” (Abhinavabhâratî ad Nâtya Shâstra, I 45, trad. Lyne BansatBoudon, p. 192.)

 

nrittahasta

Position de main à valeur uniquement décorative utilisée dans la danse pure.

 

padam

Poème mis en musique ; pièce d’abhinaya dans le répertoire du bharata natyam, exprimant la dévotion ou le sentiment amoureux.

 

pallavi

Première ligne d’une composition musicale, chantée un grand nombre de fois et qui se répète entre chaque partie.

 

raga

Mode musical, comprenant une série de notes arrangée de façon spécifique. Le raga est choisi pour exprimer tel ou tel bhâva dans la représentation de danse ou de théâtre. Les raga qui utilisent les sept notes, svara, de la gamme sont les melakarta raga ou janaka raga au nombre de 72. Les raga qui en dérivent, dont certaines notes sont omises sont les janya raga.

 

rasa

(ras-, goûter) Suc, sève, jus d’un fruit  ; plaisir esthétique. ( Lyne Bansat-Boudon, p. 95-100.)

 

sadir

Cf. dâsi âttam.

 

shabdam

Première chorégraphie qui introduit la dimension de l’abhinaya dans le récital traditionnel de bharata natyam.

 

shloka

Variété de strophe sanskrite  ; pièce d’abhinaya à teneur dévotionnelle, chantée et chorégraphiée sans structure rythmique.

 

 shringâra rasa  

Sentiment amoureux ; le plus important des huit rasa. Le sthâyi bhâva qui lui correspond est le plaisir amoureux, rati. Est indissociable de la kaishikîvritti, la manière grâcieuse, dans la représentation théâtrale.

 

svara

Note de musique ; les sept notes sont chantées ainsi : sa ri ga ma pa da ni. Désigne aussi un enchaînement de notes qui est chorégraphié dans les compositions pour la danse.

 

tâla

Cycle rythmique. Dans une étymologie fantaisiste, “tâ” est la première syllabe de tândava, danse virile exécutée par Shiva, et “la” est la première syllabe de lâsya, danse féminine exécutée par Parvatî. Est le résultat de la réunion de la main droite et de la main gauche (en Inde du Sud, on compte le rythme avec des gestes et des battements des mains et des doigts).

 

tândava

Danse puissante, majestueuse et virile, parfois violente, dont Shiva est le maître incontesté. La littérature shivaïte décrit sept types de tândava : ananda, danse de joie ; samdhyâ, exécutée au crépuscule sous un banian ; umâ, avec la déesse Umâ ; gaurî, avec déesse Gaurî ; kalika, qui tue les démons du mal et de l’ignorance ; tripura, qui détruit la forteresse de Tripura ; samhâra, danse de destruction.

 

thillâna

Pièce de danse pure qui inclut à la fin un court verset dédié à une divinité, et qui conclut en général le récital de bharata natyam.

 

tihai

Conclusion d’un korvai dont la structure rythmique est répétée trois fois.

 

tirmanam

Séquence rythmique très élaborée récitée par le nattuvanar et chorégraphiée avec des enchaînements complexes d’adavu. Les syllabes rythmiques utilisées sont différentes de celles qui sont employées pour la pratique des adavu, et sont plus riches et plus variées. La fin du tirmanam doit coïncider avec la fin du cycle rythmique.

 

varnam

Pièce la plus importante du récital de bharata natyam, qui termine la première partie. Le nritta et l’abhinaya y alternent, et y sont développés avec une importance égale.

Bibliographie

 

Lyne Bansat-Boudon, Pourquoi le théâtre ? La réponse indienne, Mille et une nuits/Fayard, 2004

 

Anne-Marie Gaston, Bharata Natyam from Temple to Theatre, Manohar, 2005

 

U. S. Krishna Rao, A Dictionnary of Bharata Natya, Orient Longman, 2004

 

N. Stchoupak, L. Nitti et L. Renou, Dictionnaire sanskrit-français, Adrien Maisonneuve, 1980