Kalanidhi Narayanan 7 décembre 1928 – 21 février 2016

Kalanidhi : trésor (nidhi-) des arts (kalâ-)

Tout le monde sait aujourd’hui que Kalanidhi Narayanan était dépositaire d’un répertoire exceptionnel qu’elle reçut à un moment charnière de l’histoire du Bharata Natyam. Elle avait consigné dans des cahiers des centaines de padams et de javalis. Mais qu’aurions-nous fait de toutes ces compositions, même dûment notées, si elle ne les avait pas non seulement engrangées dans son esprit, mais aussi abritées dans son corps et dans son cœur ? Car la mémoire de la danse ne se trouve pas dans la notation des chorégraphies, elle n’existe pleinement que si elle est actualisée dans une pratique vivante. Malgré les quelques décennies passées loin du monde de la danse, Kalanidhi nous restitue toute la richesse de ce répertoire. Comme par magie, les poèmes-musiques jaillissent naturellement d’elle, fleurissent dans un geste de la main, un regard, une inclinaison de tête, toujours avec cette sobriété raffinée, marque de la beauté classique. Elle revient à la danse à l’âge où habituellement on se retire, et témoigne ainsi qu’une grande tradition se vit de l’intérieur et n’existe pas seulement sous les feux de la rampe.

Je la découvre en 1981 à la chapelle de la Sorbonne lors d’une conférence-démonstration accompagnée de Maitreyi qui la présente. C’est un monde nouveau et merveilleux qui s’ouvre à moi : je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse rendre ainsi les nuances infinies des émotions humaines. Quelle force d’expression avec des moyens aussi simples ! Lorsque je rentre chez moi ce soir-là, émerveillée, dans ma petite chambre de bonne du boulevard Saint-Michel, comment aurais-je pu savoir que j’irais vivre à Madras deux ans plus tard, et qu’elle accepterait d’être mon professeur d’abhinaya quatre années durant ?

Elle enseignait à chacune avec patience et une extrême gentillesse, ne marquant aucune différence entre les danseuses déjà reconnues ou les débutantes, les Indiennes ou les Occidentales. Bien que nous ayons des maîtres de danse différents, nous étions toutes les « filles » de Kalanidhi Mami. Elle ne donnait que des cours particuliers, attentive aux particularités de chacune, elle prenait le temps d’expliquer dans le détail. Mais surtout, elle montrait et remontrait sans cesse, et chaque fois comme si c’était la première fois, devant nos yeux subjugués. De cela en particulier je ne la remercierai jamais assez. Kalanidhi était notre trésor vivant d’abhinaya.

 Stage à Rodez 28 - 29 novembre 2015

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